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Brève présentation historique

Le château de Poilvache ne fut pas construit par un "seigneur" indépendant et belliqueux. Il faisait partie, dans la vallée de la Meuse, d'une entité administrative et d'un système de défense assez précis. Le château, imposant et vaste, assis sur l'éperon rocheux avancé dans la vallée, servait aussi de symbole de pouvoir.

Les origines politiques officielles du château de Poilvache deviennent de moins en moins obscures pour les chercheurs (synthèse de J.-L. Antoine, MAN). Il faut comprendre qu'elles sont liées à la succession d' Henri l'Aveugle, à la partition du comté de Namur et à l'organisation des territoires acquis par les Luxembourgeois en 1199.

Poilvache, dont la plus ancienne mention actuellement connue est datée de décembre 1228, appartient à une catégorie de fortifications médiévales qu'on pourrait qualifier de "forteresse d'Etat" (le mot est de J.-L. Antoine). Ses premiers possesseurs connus, Waleran de Montjoie et son épouse Isabelle de Bar, étaient les enfants respectifs de Waleran de Limbourg et d'Ermesinde de Namur, Comte et Comtesse de Luxembourg. La "Terre de Poilvache", arrachée au comté de Namur en 1199, fut probablement constituée en apanage pour les jeunes époux après la mort de Waleran de Limbourg en 1226. Mais dès 1254, elle entre dans le domaine direct des comtes de Luxembourg.

Vers 1270, Henri VI crée une prévôté dont Poilvache devient tout naturellement le centre militaire, judiciaire et administratif, doté d'une église paroissiale et d'un atelier monétaire. En 1343, la comtesse douairière de Namur, Marie d'Artois, rachète Poilvache - château et Prévôté - à Jean l'Aveugle, Comte de Luxembourg mais aussi roi de Bohème, dont les centres d'intérêt se sont déplacés plus à l'est. Dès lors, Poilvache suivra les destinées du Comté de Namur : bien que la forteresse ait été détruite et démantelée par les milices liégeoises lors de la terrible guerre de 1430, la prévôté survivra en tant que circonscription administrative, d'abord bourguignonne puis espagnole et enfin autrichienne, jusqu'à la fin de l'Ancien Régime.

Le Moyen Age du N-O occidental (Xe - XIIIe s.)
Poilvache, aux XIIe - XVe s. Plus de détails
Poilvache, ces derniers siècles (1430-2003)
Bibliographie

Le Moyen Age en général (Xe - XIIIe s.)

La lecture du petit livre de G. Sergi, L'idée de Moyen Age. Entre sens commun et pratique historique nous rappelle les erreurs de regard que l'on porte sur cette longue période. Les sens exacts de "féodalité", de "Moyen Age" sont complètement faussés par les études du XIXe s. et par le sens commun. Ces nombreux concepts seront à définir. En attendant les prochaines synthèses sur l'histoire de la région de Poilvache, qui s'appuieront sur une relecture des archives et des structures sociales, voici quelques fragments historiques nécessaires à une meilleure compréhension de Poilvache.

Suite au partage de l'Empire de Charlemagne par ses petits-fils en trois royaumes, des fonctionnaires sont délégués pour administrer des régions éloignées de la capitale. Ils installent alors des "domaines". Des "principautés" se constituent parce que ces délégués prennent de plus en plus d'initiatives et d'indépendance. Le royaume de Lotharingie se désagrège en principautés autonomes entre le Xe et le XIIe s. Durant ce XIIe s., Henri l'Aveugle, un descendant de ces délégués, bénéficie d'une politique matrimoniale avantageuse et se retrouve à la tête de cinq Comtés : Namur, Durbuy, Luxembourg, Laroche et Longwy. Sans descendance, il signe deux actes de succession (en 1164 et en 1184) en faveur de Baudouin V, Comte de Hainaut. Les cinq Comtés resteraient ainsi sous la même autorité.

La naissance tardive d'Ermesinde, fille d'Henri l'Aveugle, nouvelle héritière, va conduire à un conflit avec le Hainaut. La paix est signée à Dinant le 26 juillet 1199. Ce traité, conservé, consacre le démantèlement des possessions du Comté de Namur. Ermesinde en obtient la plus grande part. Le rive droite de la Meuse est attribuée au Comté du Luxembourg. Namur-même reste liée au comté du Hainaut, dont elle devient le fief.

Le Comté de Namur a la particularité d'être gouverné depuis la fin du XIIe s. par une famille étroitement liée au Roi de France, les Courtenay. Les biographies de deux princes souverains devraient nous intéresser particulièrement: le marquis Philippe Ier dit Le Noble (1196-1212) et Baudouin II de Courtenay, empereur de Constantinople (1237-1263).

Le comte de Luxembourg est investi du duché de Haute Lotharingie par l'Empereur; il est donc étroitement inféodé à l'Empire germanique. Cependant, durant le règne de Gui de Dampierre (XIIIe s.), le Luxembourg passe dans la sphère culturelle romane.

En 1421, Jean III, dernier Comte de Namur, couvert de dettes, vend le Comté de Namur à Philippe le Bon, duc de Bourgogne, pour la somme de 132.000 couronnes d'or tout en en conservant la jouissance jusqu'à sa mort en 1429.

Voilà comment un pouvoir unique et central disparaît en faveur de délégués qui ont pris de plus en plus d'importance dans la région administrée (gérer, administrer, juger, battre monnaies, lever des troupes, ...). Ces premiers représentants ont eux aussi dû déléguer des pouvoirs à des autorités plus locales : ainsi naît la Prévôté de Poilvache.

N'ont pas été abordés les points de vue économique, social, militaire et religieux qui eux aussi aident à mieux comprendre le cadre dans lequel les gens de Poilvache vivaient.

Poilvache, aux XIIe - XVe s. Plus de détails

Poilvache, Méraude... La plus ancienne mention du château se lit dans un texte daté de décembre1228. Cependant ces deux noms apparaissent simultanément dans les écrits médiévaux, comme ceux de Gilles d'Orval ou de Aubry de Troisfontaines. Ces chroniqueurs informaient déjà leurs lecteurs que Poilvache est un nom populaire. Méraude est sans doute le nom officiel voulu par les commanditaires du château. En tout cas, seule la légende frappée au nom de Méraude dès 1298 a été lue sur les pièces de monnaieà ce jour récoltées.

Le territoire de Poilvache naît, on l'a vu, du conflit entre Namurois et Luxembourgeois, qui fait suite aux problèmes de succession que connaît Henri l'Aveugle au XIIe s. Poilvache devient une pièce maîtresse dans la défense du Comté de Luxembourg et les 1ers détenteurs se nomment Isabelle de Bar (petite-fille d'Henri l'Aveugle) et Waleran de Montjoie (ou de Limbourg). C'est après 1254 que Poilvache, comme dit Jean de Stavelot (1400-1449), devient aux yeux des Luxembourgeois une prévôté et le château une forteresse d' Etat. Le premier prévôt, selon les recherches de Lahaye, est mentionné en 1270 : Pirard de Joves (Gesves). Le Comte du Luxembourg devient vassal du Comte de Namur.

Comme l'a bien analysé J.-L. Antoine, "on ignore quand et selon quelles modalités naquit la "ville", dont on trouve les 1ères traces dans les textes vers 1280. Peut-être la fondation de l'église paroissiale en 1271 fournit-elle à cet égard un indice capital?"

Poilvache fut acheté en 1342 par Marie d'Artois. Jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, le château suivra les destinée du Comté de Namur.

Poilvache donne son nom à tout un district qui, semé d'enclaves liégeoises, s'étendait sur la rive droite de la Meuse, au sud de la Forêt d'Arche (Lustin). Le dénombrement des fiefs namurois en 1343 cite au nombre des vassaux le sire de Poilvache qui tenait à ce titre la mairie de Rendarche (Lustin, Ronchinne, Ivoy, Arche en Rendarche, Coux, Hestroy, Maillen, Courrière, Corioule, Sorinne-la-longue, Assesse, Brachaux, Milliers, Jassogne et Wavremont), Ohey, Wallay, Reppe, Haillot, Scy et Mohiville; Schaltin et ses dépendances; le ban de Leignon; Wanlin, Falmagne et Hulsonneaux; le chateau-Thierry; Sorinnes, Boisseilles, Gesves et ses dépendances, Emptinne et ses dépendances, Spontin, Durnal, Dorinnes, Mianoye, Gosnes, Filée, Hodoumont et Jallet, Hour-en-Famenne, Hargnies, Bourseigne-la-Vieille et -la-Neuve, Maisnil-Saint-Blaise, Pondrôme, Viesme, Blaimont, et la mairie de Houx (Evrehaille, Yvoir, Venatte, Houx, Champalle, Hugomont, Bloquemont, Godinne, Mont, Frappecul, Tailfer) et Fresnes, Awagne, Lisogne, Loyers et Purnode.

Le souverain avait sur ce vaste territoire les droits seigneuriaux, variant suivant les endroits, et dont les principaux étaient les trois justices, le droit de percevoir un tantième sur la valeur des immeubles aliénés, la mortemain, la formorture, des capitations, la chasse, la pêche... Mais très vite ces Comtes de Namur et de Luxembourg n'ont exercé leur autorité seigneuriale que sur une partie restreinte, ayant concédé des seigneureries et des terres domaniales à des feudataires. Dans le district de Poilvache, le Comte se faisait représenter par un prévôt qui était un des sept grands officiers subalternes de Namur. Il avait dans ses attributions : assurer la sécurité, nommer les magistrats locaux, transmettre les ordres venant du pouvoir central, promulguer les édits et les placarts, assurer le rentrée des cens, rentes et autres revenus du domaines public, rendre la justice, percevoir les amendes pour le Trésor public...

L'étude des textes médiévaux, des archives et des biographies des châtelains et des prévôts permettrait d'en savoir plus sur la vie quotidienne des hommes de Poilvache. Ce n'est pas le propos de ce site web.

Poilvache, ces derniers siècles

En 1430, Poilvache est détruit par une coalition de Dinantais et de Hutois, relevant de la Principauté de Liège, jaloux de l'importance du site. Le château est mis à sac. Les murailles sont détruites et servent de carrière. Le site est abandonné. Depuis lors, plusieurs faits se rattachent au site :

  • - la corporation des monnayeurs abolie en 1589
  • - la construction du château de plaine par la famille de Gaiffier d'Hestroy au bout de Houx (date sur la cheminée: 1711)
  • - l'apogée des forges à Yvoir vers 1750
  • - Jusqu'au XVIIIe s., les ruines appartiennent aux souverains des Pays-Bas. L'Empereur Joseph II les a cédées par bail emphythéotique de 99 ans au maître de forges d'Yvoir M. Posson. Par la suite, après avoir été dans les mains d'autres propriétaires, le site aboutit à la famille de Vinck - de Lhoneux
  • - l'épisode de la Révolution Brabançonne de 1790 qui a laissé trace dans l'enceinte de Poilvache : la Brèche des Patriotes (ouvrage de Vilain XIIII).
  • - P. Lauters, Marinus, Turner, ...
  • - les excursions, les visites archéologiques, la redécouverte touristique, les commandes de gravures auprès d'artistes renommés pour illustrer des livres de patrimoine remarquable, les 1ères photographies, les cartes postales de 1900 et les études historiques de M. Siret, M. Donny, M. Lahaye,
  • - l'intérêt botanique du site souligné par la réalisation de deux mémoires de Louvain en 1975 et 1977.
  • - le chantier archéologique de consolidation de la DNF et du Service de l'Archéologie (MRW).
  • - des activités de sauvegarde, de fouilles, d'animation et de publications par Les Amis de Poilvache asbl


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